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Après un éparpillement géographique, se précise une manière de centre, lieu que j’habite et qui m’investit. Paysages domestiques, dessins me permettant de réajuster le temps de l’attention que je porte à ces objets de mon quotidien, je dessine ce que je vois. Interrogations plutôt que réponses, ces dessins sont à peine plus que des constats, pris entre le danger de trop signaler et celui de ne plus exister en tant que signe. Le temps de l’évaporation sur le séchoir à linge, les chemises suspendues, les pinces à linge qui s’égrènent au fil du regard, immobilité avant l’action, carrefour de toutes les possibilités. Dans ce parti pris de l’attente, action décalée dans le déroulement du temps, je choisis de représenter mon univers en quelques indications fortuites.

Sabine Gazza (Clochey), 2003

Avant d’être quelqu’un qui dessine ou qui grave, je suis une personne. Je ne peux dessiner que ce que je suis, ce que je vois, ressens. L’angoisse du temps qu’il me faut essayer de comprendre, faute de pouvoir le retenir, et accepter de le laisser s’écouler, comme on doit accepter de laisser son enfant suivre sa route. Le silence auquel je confronte parfois mon enfant. Rien n’est définitif, ni certain. Si je parle d’un monde féminin, je ne revendique pas pour autant des idées féministes. Je veux parler de mon monde à l’échelle d’une maison, parce que c’est le plus vrai pour moi, quelque part entre la naissance et la mort. Comme un émerveillement resté en suspend, de voir la nuit les voitures rouler en une file de phares jaunes et une autre de phares rouges, parce qu’enfant, je ne savais pas encore que les voitures ont toutes des lumières jaunes à l’avant, rouges à l’arrière et que chaque file a sa direction. Les jouets de mon enfant qui, restés épars dans une pièce, me laissent un indicible sentiment d’évanouissement, de disparition. Les regarder, encore, peser de nouveau leur présence. « [La société] n’a pas su infléchir notre système de valeurs pour que nous puissions apprécier la beauté de chaque geste, qu’il soit dirigé vers les objets ou vers les êtres qui nous entourent : nous chérissons par-dessus tout l’efficacité, allant jusqu’à transformer en moyen nos proches ou nous-mêmes. Tout se passe comme si nous nous pressions pour régler au plus vite les affaires, et que, pendant ce temps, nous avions suspendu notre vie ; mais ce provisoire-là dure, et finit par se substituer à l’objectif toujours repoussé. Peut-être pourrions-nous un jour parvenir à ralentir non pas nos gestes – nous aurions à renoncer à une part trop importante de nous-mêmes - mais l’impression qu’ils laissent dans notre conscience, pour nous donner le temps de les habiter et de les savourer » (Tzvetan Todorov). Je dessine de simples phénomènes, sans chercher à surenchérir avec une intensité croissante des agents physiques nécessaires face à l’endurcissement du spectateur, comme en parlait Paul Valéry, mais à montrer par quelques jouets abandonnés, qu’il y a quelque chose d’autre, tout ce qui n’est pas dit.

Sabine Gazza (Clochey), 2006

 

 

 

 


dehors peut-être - 2007 - vernis mou et eau-forte
20 x 21 cm sur Rives 38 x 42 cm