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« Un jour de plus augmenté d’un jour » (Du Bouchet)

Sabine Gazza [Clochey], dans ses petites compositions, à peine ébauchées, traite des « paysages devant la porte », comme si la quête du monde se traduisait par la volonté d’absorber les choses infinies que l’on a toujours devant soi, chaque matin quand on ouvre ses volets, quand on sort de sa maison pour faire quelques pas dans le jardin. […]

« Pas sec - c’est le mot que retenait le vent » (Du Bouchet)

Le mouvement n’est pas celui des hommes. Ils sont ancrés fermement, les pieds fichés dans la terre. Ils observent calmement la campagne pour saisir la simple présence de ce qui est. Les vibrations, infimes, imperceptibles, sont celles des vêtements, du linge pendu, les ondulations de l’herbe verte et des feuilles qui tombent. […]

Le traitement délicat de cette intimité se traduit dans de petites « pochades » graphiques et toniques. Le geste du peintre reprend alors le dessus. Il anime ces instants immobiles, leur donne une présence plausible. Il arrache du sol la quiétude du quotidien, l’élève au rang de méditation et de contemplation. En toutes choses sont contenues les puissances les plus vives, des forces telluriques. Le dessin, dans sa précision et son incision semble griffer le papier, pour marquer l’histoire de sa présence. Il lutte pour revendiquer son existence. La peur de s’évaporer dans le creux des pages se traduit dans la vigueur que l’artiste déploie à faire surgir une énergie surnaturelle de ces « herbiers » apparemment insignifiants. […]

La recherche du témoignage le plus juste, précis mais délicat. […] Mais en aucun cas il ne faut surprendre la stabilité des petites choses qui remplissent notre espace. Les croquer dans un murmure, un chuchotement. Une écoute attentive et un rendu comme une caresse. Un prétexte pour dessiner encore et toujours, noircir, griser, enduire de nouvelles pages.

Le sèche-linge structure l’espace de manière précise et régulière. Il détermine la composition. Une composition simple et évidente qui autorise la poursuite de la série à l’infini. Les vêtements pourraient convoquer les grandes compositions « tissulaires » de Noël Dolla, mais les tissus s’évaporent laissant seuls le papier et les encres susciter les matières. […] Faire une nouvelle fois l’inventaire : le paillasson, les sabots, les pinces à linge, la haie… mais « ce que j’ai face à moi je ne l’ai pas » (Du Bouchet). Rêve ondulatoire, l’artiste passe du seuil à la porte de son jardin. Finalement elle ne possède rien, pas même cette intimité qu’elle tutoie avec l’encre et le pastel. […] « Un jour de plus augmenté d’un jour », inlassablement, chaque jour un peu plus près de la vérité.

Alexandre Rolla, historien d’art

 

 

 

 


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